Dien-Bien-Phu, 56 ans après

Commémoration du Souvenir DienBienPhu (Nord Vietnam), 14 juillet 2010
Lt. Col. (R) Patrick SALIN, Amicale des Anciens d’Outre?Mer au Canada (Montréal)

Avec un groupe d’une vingtaine d’amis, la plupart issus de familles militaires et eux?mêmes officiers de réserve de différentes armes, nous avons commémoré sur place le 56e anniversaire de cette bataille acharnée et mémorable entre toutes. Notre élite militaire y fut submergée dans ce qui, dès le départ était une mission impossible et qui devînt un combat pour l’Honneur. L’assaut final mené par les troupes vietminh en surnombre du général Giap, le 7 mai 1954, mit fin au contrôle que la France exerçait sur les territoires indochinois depuis plus d’une centaine d’années et à son influence dans le sud?est asiatique depuis trois siècles. Cette fin fut sanctionnée par les Accord de Genève de juillet 1954.

Arrivé à Hanoi le 12 juillet par un temps typiquement moite (>35°, + humidité), notre groupe partit immédiatement en train vers Lao Kay à la frontière sino?vietnamienne, se rendit ensuite dans la belle petite ville de Sapa en territoire Hmong, prit une journée de repos et continua en bus pour parcourir les 300 km de mauvaises routes qui serpentent dans les montagnes de la Haute Région jusqu’à Dien?Bien?Phu.

Le camp retranché de Dien?Bien?Phu avait été justifié à l’origine pour fixer le corps de bataille vietminh au Tonkin et regroupait 16 000 hommes des forces de l’Union française : Français métropolitains, Vietnamiens et Nord?Africains. Le camp était situé dans une plaine de huit km de large sur une quinzaine de km de long et avait été aménagé en une dizaine de points d’appuis (P.A.) fortifiés portant des noms féminins évocateurs et entourant une piste d’aviation. Les combats durèrent de façon interrompue du 13 mars au 7 mai 1954, incluant des phases de bombardement vietminh extrêmement intenses, comparables à certaines phases de la première guerre mondiale. Le camp français fut assiégé par près de 60 000 combattants vietminh et finit par être submergé par les multiples vagues d’assaut. Malgré les exploits des bataillons parachutistes et légionnaires et malgré les combats de harcèlement menés par les maquis autochtones de la Haute Région sur les axes de communication et les arrières des troupes vietminh qui disposaient d’un matériel important et de plus de 75 000 coolies pour les travaux de force dans les montagnes surplombant la plaine.

Le 14 juillet dernier, notre groupe était à pied d’oeuvre et visitait ce qui reste du champ de bataille : le P.A. d’Éliane 2, le P.C. du général de Castries, le Musée militaire vietnamien dédié aux combattants vietminh et le P.C. du général Giap situé à une trentaine de km. Nous nous sommes recueillis au Monument aux morts français construit par le légionnaire Rolf Rodel sur l’emplacement de l’hôpital du camp où le Dr Grauwin excella en dévouement, courage et abnégation. Nous nous sommes également rendus sur le P.A. Dominique au sommet duquel un monument se dresse à la gloire des combattants vietminh, aucun autre souvenir ne semblant avoir été conservé sur cette colline. En ce qui concerne les vestiges de la présence française, on retrouve des boyaux de retranchement sur Eliane 2 avec le char « Bazeilles » qui semble toujours monter la garde. Dans la plaine autour du PC français, se trouvent également quelques carcasses de chars et des affuts de canons de 105 mm et d’obusiers de 155 mm. Le PC du général de Castries est également visible dans toute sa longueur. Quelques autres matériels français sont exposés au musée, à côté de matériels vietminh.

Le bilan des pertes fut de 3 420 tués et disparus, 5 300 blessés, 1 100 déserteurs. Mais le pire vint ensuite, une fois les combats terminés. Sur les 11 721 survivants faits prisonniers et emmenés dans des camps vietminh, seuls 3 290 furent libérés et remis à la Croix Rouge après juillet 1954. Les autres, soit 8 431, décédèrent d’épuisement causé par les mauvais traitements, le manque de soins et l’alimentation insuffisante. Le bilan officiel des pertes vietminh ne fit état que de 15 000 blessés, tués et disparus, mais des sources sérieuses estiment ce bilan comme largement sous?évalué de deux à trois fois.

Dès le 15 juillet, notre groupe rentrait sur Hanoi satisfait d’avoir ravivé la flamme du sacrifice de nos grands anciens. De nos jours, au sein des amicales, il est très émouvant de pouvoir nous entretenir avec ceux de nos camarades qui ont survécu à l’enfer des camps vietminh comme ce fut le cas à Fréjus pour le 90e Congrès.

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Eliane 2 – Une tranchée

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Eliane 2 – Une casemate

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Monument – Plaque commémorative

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Monument aux morts de l'armée française

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Eliane 2 – Vue d'avion

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